Le Pays Fort est fébrile. En ce matin doux et gris de décembre, même les chevreuils semblent agités. J'aperçois, en descendant vers Vailly, trois croupes blanches qui bondissent au loin. Vite,
l'appareil photo, s'arrêter en catastrophe sur le bas côté gras de boue, je stoppe, ils s'arrêtent, nous nous regardons. Trop loin, trop tard, je reprends ma route.

A Vailly, en plus de l'agitation ordinaire des samedis matins, on sent comme une fièvre. C'est qu'il faut se dépêcher, il y a les illuminations à accrocher sur les façades, les vitrines à décorer.
Le porche de l'église est habillé d'un auvent en sapin dans un style "nativité" très pur. Une étrange foule de personnages en bois peint se rassemblera bientôt sur le carré d'herbe au pied de
l'édifice. Partout les sollicitations vous tirent par la manche : ici vous pouvez faire laver votre voiture par les pompiers au profit du Téléthon, ici c'est votre vieux téléphone portable qui peut
être récupéré, là s'installe un marché de Noël, ce soir c'est concert de Noël à l'église d'une commune voisine, promenades en carriole, vente de gourmandises, débarquement de Pères Noël aux quatre
coins du canton. j'en perds la tête. A moins d'être ermite, on est forcément client, ou parent d'élève, embringué dans une association, ou tout simplement invité à droite ou à gauche. Il aurait
fallu ne jamais mettre le nez dehors.
C'est ce que je retourne dans ma tête, en cherchant à comprendre comment je me suis retrouvée là, au beau milieu de l'après-midi, alors que le linge et la poussière s'empilent à la maison, à tenir
un stand de crottins et de foie gras dans un marché de Noël.